Le dossier thématique

Enceintes connectées et solutions digitales : tour d’horizon

De nombreuses technologies et solutions digitales ont été présentées dans cette newsletter au cours des 12 derniers mois. Nous vous proposons donc un tour d’horizon de ces diverses solutions digitales mobilisées dans le monde du sport, à l’intérieur comme à l’extérieur des enceintes.

Construire une fan expérience digitale au sein des enceintes sportives

A l’instar des villes qui se digitalisent et se transforment en smart cities, le stade de demain cherche également à devenir un smart stadium connecté. Le spectateur n’est plus un acteur passif parmi une foule, mais devient créateur de sa propre fan expérience, personnalisée et interactive.

Construire un parcours client personnalisé

La digitalisation des enceintes sportives repose en bonne partie sur l’existence d’un réseau Wifi HD, performant, gratuit et accessible à tous les spectateurs. Dès sa construction, le Groupama Stadium de l’OL a par exemple intégré un réseau Wifi HD de 800 bornes, afin de permettre aux spectateurs de se connecter en même temps. Aujourd’hui, son complément indispensable est une connexion internet mobile, rapide et pouvant supporter un grand nombre de connexions simultanées. A titre d’exemple, en 2019, un match de Bundesliga de 43 000 spectateurs induisait une consommation de 500Go de données. Face à la multiplication des possibilités et de la demande, la 5G est devenu un enjeu majeur des enceintes connectées, afin de construire un écosystème stade plus agile et interactif.

La fan expérience de demain, comme d’aujourd’hui, repose sur la qualité et la richesse des informations disponibles. Au Camp Nou, avant même de poser le pied dans le stade, le spectateur a la possibilité de visualiser le terrain depuis la place achetée, grâce à un outil 3D. Mais c’est le jour du match que la connectivité des enceintes va permettre de réellement transformer l’expérience du spectateur, en le plaçant dans une posture active. Muni de son smartphone, il a accès en temps réel à un grand nombre d’informations sur le spectacle se déroulant devant lui. Au sein du JL Bourg Basket, l’application mobile club permet l’interfaçage de nombreux acteurs de l’expérience client le jour du match : billetterie, buvette, animation match, etc. Les renseignements fournis dans ces applications mobiles ou récupérées via le wifi et les capteurs du stade contribuent à l’affinement et la personnalisation de l’offre proposée : à l’instar d’un centre commercial, le fonctionnement de l’enceinte de demain intègre le « parcours client ». Ce dernier est fluidifié au maximum et permet d’optimiser l’expérience du fan au sein du stade. L’application WaitTime permet par exemple d’analyser et optimiser les zones d’attente, tandis que l’Amsterdam Arena a développé une solution d’IA pour guider et aiguiller les spectateurs vers leurs sièges en prenant en compte les différents déplacements de supporters dans le stade. Dans la même logique, Arsenal a décidé l’an dernier que le cashless serait le seul moyen de paiement à l’Emirates Stadium, afin de réduire le temps d’attente devant les buvettes notamment.

Construire un spectacle sportif

Au-delà des services offerts, l’enceinte connectée participe à la construction d’un spectacle sportif interactif, dans lequel le spectateur est acteur. A l’instar de l’Ekinox, la salle du JL Bourg Basket, les implémentations techniques doivent permettre à l’enceinte sportive de se transformer en salle de spectacle : capacité à faire le noir total à l’entrée, animations interactives, éclairages scéniques, écrans géants HD multiples, matchs à thèmes, etc. Cela signifie également singulariser l’expérience du spectateur et favoriser son partage sur les réseaux sociaux. En effet, la qualité des appareils mobiles modernes fait du spectateur le premier relai de communication, comme a pu le souligner Pierre HUSSON, CEO de Rematch, dans sa présentation des nouvelles tendances vidéo dans le sport.

Cependant, la solution technologique à plus fort potentiel pour la gamification du spectacle sportif repose sur la réalité augmentée : nécessitant seulement le smartphone du spectateur, elle permet l’analyse du jeu en temps réel, grâce au partage d’informations et graphiques en temps réel. La société Immersiv cherche par exemple à développer ces solutions d’AR/VR, en partenariat avec DFL et Vodafone, acteurs de l’installation d’infrastructures 5G dans les stades de Bundesliga.

Engager sa communauté à l’extérieur du stade

Prolonger l’expérience « Match Day » hors du stade

La passion et l’attention de tout supporter d’une équipe se concentre principalement autour du jour de match : pour un club ou un championnat, réussir à valoriser cette expérience pour les téléspectateurs, hors du stade, est un enjeu crucial à la mobilisation de sa communauté de fans. A l’instar des musées qui cherchent à proposer une expérience immersive pour attirer les jeunes générations, le monde sportif s’appuie également sur les solutions digitales pour offrir une retransmission 2.0. En février dernier, à l’occasion du Classique OM-PSG, la LFP inaugurait par exemple son nouveau dispositif vidéo, avec des caméras 5K et des ralentis à 360°. Grâce à des applications comme celle développée par la SportTech montpelliéraine VOGO, le spectateur est libre de personnaliser son expérience audio-visuelle, en ayant un accès libre à de multiples angles de vue, lives, replays, coulisses des matches, interviews, contenus des marques partenaires ou encore statistiques. Ainsi, il peut vivre les évènements sportifs comme s’il y était, et dispose des clefs nécessaires pour réaliser sa propre analyse du match.

Encore une fois, la réalité virtuelle présente un potentiel énorme pour proposer un contenu enrichi et une immersion visuelle et auditive complète : en 2018, à l’occasion de la Coupe du Monde de football, la BBC a ainsi expérimenté un dispositif de VR permettant de visionner 33 matchs de la compétition depuis l’intérieur du stade. Enfin, le monde du eSport apporte des solutions inspirantes sur cet aspect, avec notamment le développement de l’utilisation de la plateforme Twitch par les clubs sportifs. Elle permet la diffusion de certains matchs, en témoigne le succès des deux matchs amicaux diffusés par l’OM cet été, avec environ 90 000 spectateurs. Dans leurs interviews respectives, le DFCO et Paris Basketball soulignent tous deux le potentiel interactif de cette plateforme, qui permet également de toucher un public différent des autres réseaux, en organisant des temps d’échanges ou des tournois de eSport.

Les nombreux huis-clos imposés par la crise sanitaire ont donné lieu à une accélération notable des innovations techniques pour prolonger l’expérience Match Day hors du stade. Les chants de supporters préenregistrés sont devenus monnaie courante pour animer les diffusions télévisées, tandis que de l’IA pourrait permettre de remplir artificiellement les images de tribunes vides. En attendant, afin de pallier au vide observé dans les tribunes, la création de tribunes composées de supporters connectés en vidéoconférence s’est largement développée. Cette solution a permis de conserver le lien entre joueurs et supporters, au plus grand plaisir des deux parties. Elle fut notamment fortement apprécié au sein de la « Bulle d’Orlando », où une collaboration de Microsoft et Michelob a permis à 320 fans de NBA d’apparaitre sur des écrans géants installés sur les bords du terrain. Enfin, dans le cas des événements sportifs moins à la pointe que la NBA, pour lesquels la mise en place de tels dispositifs était impossible, l’eSport a permis le développement de nombreuses alternatives de compétitions en ligne. Dans une catégorie adjacente, la popularité croissante des Fantasy Leagues, telles que Mon Petit Gazon, illustre également le succès des approches digitales et ludiques des matchs. Pendant la suspension des championnats européens, ces derniers avaient par ailleurs trouvé une solution pour poursuivre leurs championnats virtuels, en simulant les matchs à travers un jeu vidéo.

Mobiliser sa communauté avant et après les matchs

Réussir à conserver à fort taux d’engagement de sa communauté une fois l’événement sportif passé est un enjeu essentiel pour les acteurs sportifs. Pour cela, il est nécessaire de créer du contenu club pour venir compléter l’expérience de match. Cela peut être en offrant la possibilité de se replonger dans une rencontre après la coup de sifflet final : sélection de meilleures actions, galerie photo ou encore interviews d’après-match. Les applications mobiles et plateformes OTT permettent de développer des contenus spécifiques à sa communauté. Les musées de clubs, mêlant objets de collection et innovations digitales, connaissent également un fort développement, à l’image du musée interactif de l’ASM Clermont-Auvergne.

En plus d’offrir un contenu exclusif et des « insides », les stratégies de communication des clubs reposent sur une forte interactivité. En effet, le nombre de followers d’un club sur les réseaux sociaux et leur taux d’engagement est un argument marketing majeur dans la recherche de sponsors et l’implantation à l’international. De nombreux clubs et championnats (LNH, LFP, Bayern Munich, Manchester United, etc.) ont notamment profité du confinement pour se lancer sur le réseau social TikTok. Les stratégies et le ton employé varient selon les réseaux sociaux utilisés mais reposent sur certains éléments récurrents : livestreams, jeux concours et événements en distanciel. La réalité augmentée offre notamment des solutions sur ce dernier aspect, à l’instar de Kinomap qui proposait pendant le confinement la possibilité de se plonger dans le tracé d’une étape du Tour de France, à parcourir en vidéo depuis son vélo d’appartement.

Les outils digitaux sont également l’occasion de lancer des programmes de fidélité, pour récompenser les supporters les plus fidèles. C’est le cas de la franchise NBA de Sacramento qui a imaginé un programme de fidélité numérique notifiant les supporters abonnés de différentes promotions exclusives. Plus novateur encore, certains clubs utilisent la blockchain pour émettre leur propre cryptomonnaie. Le projet club Token, organisé conjointement par les FF de football et de tennis, Le Tremplin, et le ministère des Sports, proposait d’offrir des « tokens » aux licenciés, bénévoles ou supporters en fonction de leur investissement dans la vie de l’organisation : ces tokens constituent des points de fidélité qui, une fois cumulés, seront échangeables contres différents cadeaux tels que des billets de matchs ou des produits à l’effigie du club. Ils sont ainsi des vecteurs de mobilisation de la communauté de fans. Enfin, dans le sens inverse, la crise sanitaire fut l’occasion pour les clubs de démontrer leur fidélité envers leurs supporters, en multipliant les initiatives solidaires digitale, que ce soit la création de cagnottes, la mise en place de ventes aux enchères ou encore la vente de places virtuelles. Au total, les clubs professionnels de football français ont ainsi récolté plus de 3 millions d’euros en faveur des personnels soignants et des personnes en situation de précarité.

Le digital au service de la performance sportive

Le Big Data, un outil indispensable

Alors qu’en Europe, les investissements autour de la data ont augmenté de 27,4% entre 2017 et 2018, ce secteur bouleverse en profondeur le milieu du sport depuis une dizaine d’années. Son usage pour la détection et le recrutement de joueurs, à travers l’analyse de statistiques individuelles, a été popularisée outre-Atlantique par le livre Moneyball, et son adaptation filmographique Le Stratège. Depuis, ses applications se sont multipliées, et étendues à l’ensemble des pratiques sportives : amélioration de la performance, marketing, repérage de futurs talents ou encore soins médicaux.

La capacité de nombreux acteurs sportifs à collecter et analyser une grande quantité de données ne cesse de s’accroitre. À ce jeu, la F1 est à l’avant-garde, avec ses voitures de course équipées de près de 200 capteurs, capables de collecter 500GB de données à chaque course. Cependant, outre la vitesse de transfert de l’information, qui est évidemment essentielle, le cœur de la performance se situe en réalité dans la capacité à analyser les données récoltées et à les analyser en temps réel, afin d’adapter la stratégie de course. Ainsi, de la même manière que pour les progrès technologiques réalisés en médecine, l’accompagnement humain reste irremplaçable. La plus-value des données dans le sport réside dans leur exploitation intelligente. Sans une remise en contexte, les données brutes n’apportent que peu d’informations. Bien utilisées, elles s’avèrent au contraire être un outil précieux, que ce soit pour analyser les performances de son adversaire ou l’état de forme de ses joueurs. Pour preuve, la NBA, dont les 29 salles sont équipées de systèmes de tracking permettant de collecter des données, a signé un contrat d’exclusivité avec Second Spectrum, en 2017 : ce programme de traitement des données reconnait et analyse plus de 5000 actions différentes aujourd’hui, contre une cinquantaine initialement.

La réalité virtuelle, terrain d’avenir

Enfin, la réalité virtuelle offre de nombreuses possibilités d’entraînement pour les sportifs professionnels. Elle permet des mises en situation contrôlées et ludiques, en minimisant le risque de blessures physiques. En aval des matchs, elle est également utilisée par les staffs techniques et athlètes pour analyser les performances, en revivant les matchs sous différents angles. Par exemple, les clubs de Liverpool et de Manchester City se sont dotés du système Rezzil VR, permettant le visionnage de matchs à 360° grâce à un simple casque.

Enfin, la rééducation des joueurs par réalité virtuelle offre l’avantage de replonger rapidement les athlètes dans un environnement de compétition, tout en limitant le stress physique et psychologique. Huit équipes de NFL et deux de NBA utilisent ainsi un dispositif, nommé Strivr dans cette optique.

L’avis de la Sportech

La digitalisation des événements sportifs
Entretien avec Charles Frémont, Directeur du Tremplin du Pôle Sport Santé de Paris & Co (Le Tremplin, Tech Care, HUA !)

Les infos du mois

A l’international

Les Brèves

Un peu de lecture

Comment le sport professionnel se technologise à outrance, BFMTV

Le tournoi des VI Nations est l’occasion d’observer le rôle de plus en plus crucial joué par la technologie dans l’amélioration des performances des équipes, notamment le XV de France : indicateurs de performance, capteurs et caméras à l’entraînement, données médicales… au risque d’une perte de sens face à l’overdose technologique ?

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Huit tendance pour l’avenir du sport en 2021, Observatoire du Sport Business

Si en 2020 l’industrie du sport a été particulièrement frappée par la crise sanitaire et l’absence de public dans les enceintes sportives, les prochains mois devraient être marqués par un retour progressif du public, au rythme de la capacité à contenir, voire à faire reculer la propagation de la COVID19 dans le monde. La pandémie a toutefois rendu incontournable la transformation digitale de l’ensemble de l’écosystème du sport, y compris pour les clubs et les athlètes eux-mêmes. L’accélération est telle qu’elle pourrait déclencher une véritable évolution du produit « sport » grâce à huit tendances.

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Comment adapter et réinventer l’expérience fan, Fan Striker

A l’occasion du Salon Européen de Marketing Sportif, 4 intervenants ont discuté de la fan expérience, tentant d’imaginer la stratégie à adopter pour adapter et réinventer l’expérience dans le contexte sanitaire actuel.

L’article et le replay ici

Les organisations sportives au défi de la Génération Z, Ecofoot

Alors que de nombreuses études montrent que les jeunes générations se désintéressent des sports traditionnels, et notamment du football, il devient vital pour les clubs de maintenir le lien avec la génération Z au risque de perdre leur public actuel et futur.

L’article ici

Vers une nouvelle fan expérience en 2021 ?, Vivendi Sports

L’année 2020 a prouvé que le choix d’annuler les événements au regard du manque de public n’était pas partagé par l’ensemble des organisateurs. Certaines organisations se sont même employées pour mettre en place une expérience fan de plus en plus digitalisée. Ces multiples innovations laissent désormais place à une problématique : quelle sera l’expérience des consommateurs de sport pour 2021 ?

L’article ici

Les solutions de fan rewards dans l’esport : histoire et perspectives d’un modèle prometteur, Paris and co

Le 31 octobre 2020 se tenait à la Pudong Arena de Shanghai la finale des Worlds de League of Legends. Contexte COVID oblige, seulement un peu plus de 6 000 fans étaient présents dans le stade pour assister au sacre de DAMWON. Mais le chiffre à retenir n’est pas celui-ci. Au total, c’est plus de 3,2 millions de personnes qui s’étaient inscrites pour assister au grand match en direct ! Le ratio offre/demande relève presque de l’impensable, et pourtant…

L’article ici

Podcast « Tendances Sport & Innovation« , Le Tremplin Sport

Dans ce 2ème épisode, Le Tremplin accueille Maxime Thokagevistk, Responsable Innovation et Strategic Planning Manager à la FF de football. Comment l’innovation vient-elle améliorer l’expérience du fan dans le sport amateur ? Y a-t-il une tendance des clubs pour la création de sections e-foot ? La diversité et la richesse de l’offre de pratique constituerait la première innovation tangible pour les licenciés.

Les liens d’écoute (Soundclound, Apple, Spotify)

L’étude du mois

BCPE L’Observatoire a publié son étude annuelle sur l’économie du sport, avec notamment une partie sur la digitalisation des pratiques et la diversification des offres qui en découle (page 17). L’étude montre que le COVID19 a accéléré le processus de digitalisation des acteurs du sport, dans la mesure où ces outils se sont relevés nécessaires pour assurer la continuité de l’activité de la plupart d’entre eux.

Le tweet du mois

Du côté du esport

Le Thème Hors sport

La digitalisation du BTP

Le secteur économique du BTP (Bâtiment et Travaux Publics) regroupe l’ensemble des activités de conception et de construction des bâtiments publics et privés, industriels ou non, et des infrastructures telles que les routes ou les canalisations. En 2019, il représentait 12% du PIB mondial. Malgré ce poids économique, le BTP apparaît aujourd’hui comme un des secteurs les moins digitalisés : l’indice de digitalisation de l’Institut McKinsey le classe ainsi à l’avant-dernière place sur 22.

Une digitalisation nécessaire pour un secteur en retard

Une étude de Coleman Parkes réalisée auprès de 400 dirigeants de grandes entreprises de la construction basées en France, en Espagne et à Singapour révèle que le retard du secteur du BTP dans la transition digitale induit une baisse de productivité et de rentabilité des entreprises. Pourtant, le contexte actuel est fortement favorable à l’entame d’un virage numérique :

  • Le cadre juridique impose des exigences croissantes en matière d’utilisation des données et de cybersécurité, dans les bâtiments et infrastructures, avec notamment le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) instauré par l’Union Européenne en 2016.
  • Le BTP doit faire face à une demande toujours croissante d’infrastructures et de bâtiments, alors que l’ONU estime que la population mondiale atteindra 9,8 milliards d’habitants en 2050 et que 68% d’entre eux devrait habiter en zone urbaine. La transformation des territoires donne notamment naissance à de nombreux grands projets dans le domaine des mobilités, à l’image du Grand Paris, tout en devant muter vers une construction plus durable et vertueuse.
  • Les nouvelles technologies n’ont jamais été aussi nombreuses et abordables financièrement : capteurs intelligents, équipements connectés, logiciels, réalité virtuelle et augmentée, impression 3D…. Les possibilités applicatives sont immenses, et ne sont plus limitées aux grandes entreprises capables d’investir dans des technologies de pointe.
  • Conséquence directe du point précédent, l’environnement entrepreneurial du secteur est en plein essor. Une étude de cabinet Olivier Wyman compte près de 1200 start-ups créées dans le monde entre 2010 et 2018 dans le domaine de l’immobilier et de la construction, pour un financement total de 19,4 milliards de dollars sur cette période.
  • Une nouvelle génération d’artisans et de professionnels arrive sur le marché du travail, disposant d’un fort savoir-faire technique et technologique.

Au-delà de ce contexte propice à l’innovation numérique, les besoins sont nombreux dans le domaine du BTP : plus qu’opportun, une transition numérique du secteur semble nécessaire. En effet, l’étude de Coleman Parkes démontre également que le manque de digitalisation est à l’origine de problèmes de communication, de gestion et de traçabilité des données, ainsi qu’une source importante de retard et de baisse de productivité. Les enjeux s’étendent à l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment : de l’étude de faisabilité du projet jusqu’à sa rénovation, en passant par la réalisation des plans ou la phase de construction. Trois grandes catégories peuvent être identifiées :

  • Ecologie et performance énergétique : réduire l’empreinte environnementale de la construction, maximiser la mobilité des usagers, optimiser l’efficacité énergétique des logements et des réseaux de transports, etc.
  • Dématérialisation et automatisation de la gestion administrative: pilotage de chantier, sécurité sur le terrain, outils de productivité administrative, etc.
  • Dispositifs intelligents et outils agiles d’interaction et industrialisation

Le BIM, épine dorsale de la numérisation du BTP

Il semble impossible d’évoquer la numérisation du BTP sans parler du BIM, ou Building Information Modeling. Ce processus de modélisation, axé sur la centralisation et le partage des données d’un projet, a révolutionné le secteur en permettant de travailler avec des plans totalement numérisés et collaboratifs, et d’ainsi limiter les erreurs humaines, qui demeurent malheureusement très présentes et inévitable dans le domaine du bâtiment. En effet, les travaux de construction requièrent en général l’établissement de près d’une centaine de plans différents, de la maquette d’installation d’un chantier à la disposition de la plomberie : chaque nouvelle version produite implique alors un risque d’erreur ou de non-transmission d’informations le long de la chaîne de production. Grâce au BIM, chaque acteur (architecte, bureau d’étude, ingénieur, entreprise du bâtiment ou encore maître d’ouvrage) peut compléter, modifier et partager instantanément ses travaux numériques tout au long de l’ouvrage. En outre, l’analyse, le contrôle et la vérification des prototypes virtuels peuvent être effectués très en amont des travaux, permettant une étude rigoureuse de la durabilité et qualité d’un projet de construction.

 

Plus qu’un logiciel ou une technologie, le BIM est une suite de processus ou méthodes de travail utilisés tout au long du cycle de vie d’un ouvrage, de sa conception à sa démolition, en passant par sa construction et son utilisation. Aujourd’hui adopté par plus de 50% des acteurs du BTP (chiffres de 2018), il a vocation à conquérir l’intégralité de la filière. Son caractère essentiel à la transition numérique du BTP s’illustre à travers l’adoption du Plan BIM 2020 par l’Etat français, afin d’encourager l’intégration du BIM dans les stratégies digitales des entreprises : « La transformation numérique de la filière est désormais à portée de main. Les acteurs de l’acte de construire sont mobilisés au côté de l’État : le plan transition numérique dans le bâtiment (PTNB), qui fait figure de précurseur et d’exemple au niveau européen de l’ouverture au BIM, a permis de prendre collectivement conscience que cette évolution majeure pour la filière devait être mise à la portée de l’ensemble des acteurs. Il convient de poursuivre les travaux qu’il a initiés, en particulier en termes de création d’un écosystème de confiance, d’amplification de l’usage du numérique et de massification de la montée en compétence de l’ensemble des acteurs, en particulier les PME et entreprises artisanales dans tous les territoires». Ce plan permet de mobiliser 10M€ de 2019 à 2021 autour de deux axes prioritaires :

  • Généraliser la commande en BIM dans l’ensemble du secteur du bâtiment, en l’accompagnant et la sécurisant.
  • Doter les acteurs en outils nécessaires au travail en BIM à travers la formation, la mise à disposition d’outils collaboratifs adaptés et la diffusion dans les territoires.
Processus interactifs

Comme vu précédemment, la chaîne d’acteurs impliqués dans la conception et construction d’un bâtiment représente un enjeu fort, notamment pour le partage de l’information. En particulier, les études du cabinet Olivier Wyman démontrent que la relation entre maître d’ouvrage et entreprise de construction gagnerait à être améliorée : 82% des entreprises de construction interrogées souhaiteraient renforcer le niveau de leur collaboration d’ici 5 ans. Par ailleurs, 69% des donneurs d’ordre estiment que les dérives rencontrées dans la conduite de leurs projets s’expliquent principalement par le manque d’efficacité des entreprises et le manque de communication entre les intervenants.

L’apparition d’outils collaboratifs permet alors d’optimiser les processus de gestion de projet : documentation dématérialisée mise à jour en temps réel, gestion instantanée et cordonnée des plannings, stocks et flux, réseau de sous-traitant connecté, etc.

Cependant, la digitalisation des chantiers soulève également un autre enjeu crucial : celui du dernier kilomètre. En effet, pourquoi réaliser des maquettes numériques si, sur le chantier, elles nécessitent des impressions physiques sur papier ? Le processus de digitalisation, très présent en amont, est souvent incomplet, nécessitant une dématérialisation en bout de chaîne, qui diminue grandement les gains de productivité.

Enfin, dans la lignée du BIM, la modélisation par réalité virtuelle, et surtout réalité augmentée, présente un potentiel très important pour améliorer la productivité et la fiabilité à long-terme. L’idée est que la réalité augmentée permet d’obtenir une vue précise des travaux de construction à venir, notamment sur les aspects qui peuvent être complexes à saisir sur les plans 2D. Ses intérêts sont multiples, en amont de la construction, pendant et en aval :

  • Tests sur site : le premier gain évident de la réalité augmentée est de pouvoir tester si les matériaux et équipements sont adaptés à la réalité du terrain, avant même de les commander et les installer physiquement. Il permet ainsi de réduire les erreurs éventuelles, et donc d’important délais supplémentaires qui auraient pu être causés par la nécessité de les rectifier.
  • Planification de projet : la réalité augmentée permet une compréhension en profondeur du bâtiment, offrant une projection « sur le terrain » du résultat final, avant même la phase de construction. Il est notamment un atout majeur pour s’aligner avec les attentes du client, pas nécessairement familier avec la lecture de plans techniques.
  • Mesures de précision : les lunettes intelligentes, telles que les Hololens de Microsoft, permettent pour leur part de mesurer la longueur, largeur et profondeur d’éléments physiques. En interfaçant ces résultats avec les modèles BIM, il est possible de déterminer avec précision les dimensions nécessaires à un projet.

  • Sécurité : enjeu majeur du secteur de la construction, la sécurité pourrait être améliorée par l’usage d’équipements à réalité virtuelle, notamment dans l’inspection des travaux. Plutôt que de la réaliser manuellement, une comparaison de la structure en réalité augmentée avec le modèle BIM apporte une solution à la fois plus simple, moins coûteuse et plus rigoureuse.
  • Construction en sous-sol : les risques inhérents à des travaux sous terre sont nombreux, que ce soient les effondrements ou la présence de lignes de gaz et d’électricité. Pour répondre à ces problématiques, des applications mobiles telles que Augview permettent aux utilisateurs de voir en réalité augmentée des éléments sous terre, invisibles à l’œil nu.
  • Entraînement des opérateurs : sur un chantier, la réalité augmentée permet aux ouvriers de recevoir des instructions en direct et de s’adapter en temps réel, diminuant ainsi les coûts temporels des sessions d’entraînement qui ne seraient pas toutes adaptées au contexte. En outre, elle permet de supprimer les risques de blessures physiques liées à la manipulation d’équipements complexes par des personnes en phase d’apprentissage.

  • Réduction des coûts : en conséquence directe des points précédents, la réalité augmentée, bien qu’elle représente un investissement initial, permet à moyen et long-terme d’importantes économies, en augmentant la productivité et diminuant les risques.
Internet of Things (IoT) : des équipements connectés à la construction autonome

Comme dans tous les secteurs, l’un des apports majeurs des processus de digitalisation passe par la connectivité des objets. Dans le cas du BTP, l’augmentation de l’efficacité opérationnelle par l’IoT se décline selon 5 axes d’application :

  • Collecte et analyse des données
  • Travailleurs et outils connectés
  • Gestion intelligente de l’énergie
  • Optimisation de la performance des engins
  • Automatisation

Sur les chantiers, les machines connectées sont d’excellents compléments aux ouvriers, permettant d’améliorer leur productivité et de réduire la pénibilité de certaines tâches. Les solutions existantes sont multiples, tant les possibilités applicatives sont nombreuses : à titre d’exemple, le logiciel CAT Connect de Caterpillar permet d’analyser la planimétrie d’un terrain et d’améliorer jusqu’à 30% la précision du nivelage ; le capteur Smartrock de Giatec est capable de calculer la température du béton et d’indiquer s’il est sec ; les capteurs RFID de Skansa AB intégrés dans les blocs de béton des tribunes du MetLife Stadium de New-York ont permis de suivre à la trace par géolocalisation l’avancée des travaux, depuis l’usine de conception jusqu’au chantier de construction, économisant ainsi près d’1M€ et 10 jours sur les prévisions. En outre, de tels capteurs de géolocalisation, disposés sur des engins et outils sensibles, permettent le géofencing, c’est-à-dire l’envoi et la réception d’un message lorsqu’une des machines entre ou sort d’une zone géographique prédéfinie. Cette technique de tracking permet notamment d’éviter le vol ou la perte de matériels coûteux. Dans cette continuité, l’inventaire des équipements peut ainsi être rationalisé et facilité.

Au-delà des équipements, les recherches sur les textiles connectés connaissent un développement fort dans le domaine du BTP, afin de sécuriser les conditions de travail du personnel. Bouygues Construction, Suez, Air Liquide et le CEA ont par exemple travaillé ensemble pour concevoir les différents éléments d’une tenue de travail connectée, destinées aux ouvriers sur les chantiers (voir l’image ci-dessous). De son côté, l’entreprise Colas Rail a développé en 2015 un casque de chantier nommé Oscar, combinant plusieurs technologies innovantes : système d’éclairage, système de communication multicanal, capteurs de lignes à haute tension pour éviter les risques d’électrocution, ou encore connexion Bluetooth pour signaliser la présence du personnel sur les voies.

Tous ces équipements connectés permettent de produire, collecter et analyser de nombreuses données : relevés cartographiques, analyses de terrain, suivi instantané des chantiers, évolution des stocks, etc. A terme, cette multiplication des informations disponibles ouvre la voie à des processus et véhicules automatisés. Certaines entreprises se spécialisent d’ores et déjà dans l’autonomisation de la construction : Noah Ready-Campbell, PDG de Build Robotics, déclare ainsi que les véhicules autonomes apparaîtront dans les environnements industriels, tels que les sites de construction, avant d’être utilisés et utilisables dans l’espace public. En 2020, SafeAle et Obayashi Corporation ont quant à eux annoncé le lancement d’un projet pilote visant à créer un site de construction autonome aux Etats-Unis.

Impression 3D

Enfin, le digital transforme également les modes de production et d’industrialisation en eux-mêmes. L’impression 3D est jugée comme prometteuse depuis des années par le secteur du BTP, et les projets d’applications sur le terrain se multiplient. Ses avantages sont nombreux, aussi bien en termes de coût et de temps de montage, que d’architecture et de design. Elle peut aussi bien s’appliquer à des petites pièces, avec notamment le scannage et le clonage de pièces directement sur le chantier, évitant ainsi d’éventuels retards de livraison, qu’à des bâtiments entiers, construits entièrement à partir de robots d’impression 3D. A l’occasion des Jeux Olympiques 2024, la SOLIDEO a par exemple déclaré la construction d’un pont entièrement fabriqué en impression 3D, dans le cadre du projet de réaménagement des berges du canal Saint-Denis. Avec ses 40 mètres de long et ses 5 mètres de large, cette prouesse technologique sera le plus long pont en béton imprimé en 3D au monde et devrait permettre de réduire la consommation de matière première jusqu’à 60% par rapport à un ouvrage classique. Cela signifierait une baisse de l’empreinte carbone d’environ 45%, notamment grâce à un transport moindre de matériaux, seul l’assemblage se faisant sur le site.